Portrait de Dave Hawey, professeur en jeu vidéo au Centre NAD
Ce mois-ci, j’ai rencontré Dave Hawey, professeur au Département de jeu vidéo du Centre NAD afin qu’il me parle de son parcours professionnel, des cours qu’il enseigne et de sa vision artistique. Rencontre avec un artiste passionné!
1. Parle-moi de ton parcours académique et professionnel…J’ai commencé mes études en technique de graphisme que j’ai abandonnées dès la première année. Ce n’était pas assez artistique et il y avait trop de contraintes pour moi. J’ai ensuite poursuivi mes études en arts plastiques. Encore aujourd’hui, j’aime me situer à mi-chemin entre ces deux disciplines créatives.
Puis, je me suis dirigé vers la formation en jeu vidéo du Centre NAD, voyant les opportunités de carrière dans ce domaine à Montréal. À la sortie de mes études, j’ai travaillé chez Gameloft et DC Studios comme artiste 3D généraliste. Après quelques années, je voulais découvrir de nouvelles perspectives de carrière et j’ai accepté un poste de formateur en jeu vidéo au Centre NAD.
Souhaitant travailler sur des jeux « next gen », je suis retourné dans l’industrie, précisément chez Ubisoft Montréal où, en tant qu’artiste aux éclairages, j’ai collaboré à la suite de Rainbow Six Vegas et plus tard, au jeu Avatar comme modeleur/textureur.
Toutefois, l’enseignement me manquait trop, alors je suis revenu au Centre NAD comme professeur en création 2D et 3D, apportant avec moi les nouvelles connaissances que j’ai acquises dans l’industrie. Finalement, je suis moi-même étudiant à la maîtrise en arts à l’UQAC et je présenterai une maîtrise en création d’images numériques à la fin de l’été 2011.
2. Quels cours enseignes-tu?
J’enseigne principalement deux cours de niveau intermédiaire, l’un en création 2D intitulé Design de personnages, et l’autre en 3D, Création 3D Approfondissement.
3. En quoi le contenu de tes cours prépare-t-il les étudiants au marché du travail? Parle-nous de ton cours en design de personnages…
Le cours de design de personnages apparaît comme un complémentaire à un artiste 3D pour rapidement conceptualiser, sous forme d’illustrations ou sketches, ce qu’il veut faire en 3D par la suite. Ce cours propose des techniques, un lexique et une prise de conscience à tous les niveaux du processus artistique afin de proposer une idée de design ou d’en faire une critique. C’est l’apprentissage d’un langage de l’image à travers le médium qu’est le personnage.
4. Et au sujet du cours de création 3D approfondissement…
Le cours de création 3D approfondissement permet de prendre conscience des problématiques techniques et artistiques reliées au monde du jeu vidéo. Les étudiants passent au travers des projets qui isolent des techniques et esthétiques particulières. Ils sont ainsi prêts à créer sous différents types de contraintes une fois dans l’industrie. C’est aussi un parcours dans lequel ils sont invités à explorer et à choisir des techniques de travail afin de développer une méthodologie mais surtout, une fluidité avec le médium 3D.
5.Quelles sont tes préoccupations en tant que prof? En tant que professeur universitaire, j’essaie d’agir comme un guide ou une sorte d’éclaireur qui a déjà parcouru le chemin même s’il existe de nombreux chemins. Je leur répète souvent que je n’ai que quelques années d’expérience de plus qu’eux et que j’ai moi aussi, les mêmes questionnements qu’eux. C’est important pour moi de connecter avec eux; nous sommes tous passionnés par le médium numérique. Je considère énormément les commentaires qu’ils me donnent suite aux cours, discussions, etc. Ce que mes étudiants veulent, c’est une belle carrière, alors je les guide vers les meilleures ressources possibles.
6. Tu suis une maîtrise en arts à l’UQAC, quel est ton sujet de maîtrise?
J’ai déjà complété une année et demie à la maîtrise en art à l’UQAC. Je fais une maîtrise en création dans laquelle je réalise des images numériques basées sur une recherche précise. Mon sujet se présente comme une double recherche : les aspects du temps japonais dans l’art numérique et la transposition du processus de perfectionnement tirée des arts martiaux traditionnels japonais dans ma création d’images numériques. Je vais présenter 5 à 6 images, précisément du dessin numérique sur écran numérique. J’aimerais présenter mes images et ma recherche sous forme d’exposition vers la fin de l’été.
7. Quels sont tes projets en tant qu’artiste en dehors du NAD?
Ma pratique artistique en dehors du NAD se résume à de la création d’images numériques et quelque fois, du dessin traditionnel sur papier. Mes inspirations proviennent surtout de mon intérêt pour la culture japonaise. Je suis fasciné par le concept de la double culture du corps et de l’esprit, indissociables. Je participe souvent à des projets d’illustrations pour des amis. J’ai travaillé, entre autre, avec Shihan Stéphane Meunier sur son livre « Kiso no kaizen », dans lequel j’ai réalisé la plupart des illustrations, sous la direction de M. Meunier. J’ai aussi réalisé des illustrations et schémas pour Dr. Kacem Zoughari pour son ouvrage intitulé « Tradition du mouvement dans les écoles de combat du Japon ».
Je m’inspire également de la fantaisie qui découle de la science fiction, du cyber-punk, de la littérature d’anticipation, etc. Des artistes comme Giger et Frazetta m’ont fortement influencé.
Finalement, j’emprunte beaucoup aux techniques des concept artists des industries du jeu et du cinéma. Ces artistes baignent quotidiennement dans la production et la performance, et doivent, par conséquent, développer un paquet de techniques pour gagner de la vitesse et aller droit au but. Je puise beaucoup de leurs techniques. Sinon, je fouine un peu partout, dans des tutoriaux sur le dessin, la photo, le traitement d’images, etc.
Vous pouvez visiter mon portfolio à : http://fudoshin.cgsociety.org/gallery/
8. Enfin, comment allies-tu enseignement et carrière artistique personnelle?
En enseignement, je dois faire beaucoup de recherche pour bâtir mes cours. Cette recherche nourrit directement ma pratique personnelle qui se traduit par de la modélisation, du dessin, des textures, etc. Et bien sûr, cette pratique nourrit mes cours. Je pense qu’en alliant enseignement et pratique personnelle, cela m’aide à être sous mon meilleur jour. Ni la pratique seule, ni la préparation de cours ne sont suffisantes selon moi. Il faut être conscient de tout et connaître tout, cultiver sa curiosité et la recherche sert à cela. Sans cette recherche et cette mise à l’épreuve, il est difficile de progresser en tant qu’artiste et c’est à ce moment qu’on stagne. On peut apprendre les nouveaux outils à la saveur du jour, mais la progression technique n’est pas suffisante. D’où l’éternel questionnement à savoir qu’est-ce qu’un artiste et qu’est-ce que l’art?
