Portrait du mois : Jonathan Simard, diplômé du programme en jeu vidéo
Entrevue avec Jonathan Simard (JVAU02), diplômé du programme en jeu vidéo, session automne 2002, Animateur senior chez Beenox.
1- Quel poste occupes-tu et au sein de quelle compagnie? Je suis Animateur senior chez Beenox depuis 4 ans, une filiale d’Activision située dans la ville de Québec. Nous venons de terminer Spider-Man Shattered Dimensions et nous débutons à présent un projet d’une aussi grande envergure.
2- Pourquoi as-tu choisi de faire carrière en 3D? J’ai toujours eu peur d’avoir une job plate où je devrais rester assis à remplir des formulaires. En 2000, travailler en jeux vidéo ou en cinéma était impensable, j’ai donc fait mon DEC en informatique de gestion. J’ai eu mon diplôme mais je me suis tellement ennuyé durant ces années d’études que j’étais complètement découragé.
Diplôme inutile en main, je me suis dit que ce n’était pas vrai que j’allais finir ma vie à travailler dans un domaine que je détestais. J’ai donc fait le saut et je suis parti à Montréal, étudier dans un domaine qui m’intéressait vraiment, sans savoir où ça allait me mener.
3- En quoi le Centre NAD t’a-t-il aidé à débuter ta carrière en 3D? Le Centre NAD m’a appris « à me botter le cul » et à travailler sans arrêt si je voulais réussir. Les professeurs qui étaient en place nous ont d’ailleurs fait rapidement comprendre que nous allions devoir performer si nous voulions trouver du travail et c’est ce que j’ai fait. De plus, le Centre NAD est ouvert 24 heures sur 24, contrairement à d’autres écoles où j’ai enseigné, qui n’étaient ouvertes que de 8 heures à 22 heures, ce qui n’a pas de prix.
J’ai ensuite débuté comme animateur-modeleur chez Ubisoft à Montréal, avant même d’avoir terminé mon cours. Les profs avaient envoyé un démo présentant les work-in-progress des étudiants. Les gens d’Ubisoft ont été impressionnés par l’avancement de mon travail ainsi que par la qualité de l’animation et de la modélisation. Tout ça, je le dois au Centre NAD.
4- Quel est ton parcours professionnel? J’ai commencé à travailler sur Far Cry Instinct. Je me rappelle que, la veille de mon entrevue, j’ai passé la nuit au Centre NAD et me suis endormi sur le plancher. Résultat : le lendemain, j’avais perdu la voix. J’ai eu l’air assez fou à mon entrevue!
Je suis rapidement devenu animateur car Ubisoft préférait avoir des gens spécialisés. J’ai toutefois continué à modéliser dans mes temps libres.
Après Far Cry, un seul projet m’intéressait : Assassin’s Creed. Ce projet m’a tout de suite allumé après avoir vu leur faux démo présentant le gameplay. Je suis directement allé voir le monde qui travaillait sur Assassin’s Creed pour leur présenter un démo des animations que j’avais réalisées pour Far Cry. La semaine suivante, j’ai eu le poste où je n’ai animé que l’assassin. Ceci m’a permis d’apprendre énormément sur l’animation de personnages.
Je suis ensuite parti chez Beenox à Québec, où j’ai travaillé sur Bee Movie The Game, Monsters vs Aliens et enfin, Spider-Man. J’ai été promu Animateur en chef entre Monsters vs Aliens et Spider-man, mais j’ai quitté la fonction car je n’animais plus.
5- Qu’aimes-tu de ton métier et pourquoi? J’adore travailler avec des personnes ayant le même âge que moi! L’atmosphère au travail est excellente et en plus, j’anime! Je ne pense pas que je pourrais avoir cette même ambiance si je travaillais au gouvernement.
6- As-tu des projets perso? J’en ai beaucoup et peut-être même trop! Depuis que j’ai commencé en animation, j’ai continué à modéliser. J’ai toujours aimé l’idée de créer des personnages même si je ne suis pas très bon en dessin. Toutefois, je suis capable de designer mon personnage grâce à la modélisation. J’ai développé mon style personnel en tâchant d’être le plus original possible et en tentant d’éviter ce qui se fait déjà sur le web. J’en profite pour vous inviter à visiter mon site web pour voir des exemples de mon travail.
7- Quelles sont les qualités requises pour réussir dans ton domaine? Avoir du talent tant du côté artistique que technique et être un excellent observateur.
8- As-tu un conseil à donner aux étudiants qui souhaitent faire carrière en 3D? Si tu hésites à mettre une animation dans ton démo, ne la met pas! C’est sûr à 100% que l’employeur va le remarquer. Ça ne veut pas dire que ton démo sera mis de côté, mais ça ne l’aidera pas.
Faire attention au surplus de compliments. Il est facile de s’enfler la tête et de croire qu’on est le meilleur, mais quelqu’un sera toujours meilleur que nous. C’est sûr que nous travaillons dans une industrie où l’on cherche continuellement à se dépasser, mais à trop se concentrer sur sa supposée supériorité, on risque de se fermer à ce que les autres peuvent nous apporter. Après tant d’années à animer, j’apprends encore et j’apprends de tout le monde, des débutants comme des experts.
Aussi, tôt dans ma carrière, je me suis fais offrir un poste de lead que j’ai accepté et ensuite quitté après un mois. C’est tentant d’être lead, c’est une promotion, on se démarque du monde et on se sent important. Par contre, c’est un poste qui implique beaucoup de responsabilités, diriger des employés et aussi (dépendamment de l’entreprise) d’arrêter d’animer. C’est un point tournant dans une carrière et ce n’est pas une décision à prendre à la légère.
9- As-tu un rêve? En ce moment, j’étudie beaucoup le cinéma car j’ai toujours voulu travailler en 3D et diriger des films. J’ai toujours cru qu’il me serait impossible de gagner ma vie en faisant de la 3D, alors que c’est maintenant mon travail! Est-ce que la même chose pourrait arriver avec le film? L’animation m’a donné de l’expérience en timing, en montage, en direction (faire une cut scene, c’est comme diriger des acteurs à l’écran), en composition et en storytelling. Je viens de m’acheter une caméra et j’aimerais tourner un court métrage bientôt. En plus, un de mes amis qui a de l’expérience, revient de Cannes où il a présenté son court métrage et a accepté de m’aider. On dirait bien que tout s’enligne alors je vais pousser dans ce sens là. On verra bien où ça va me mener!
