Nous vous présentons aujourd’hui un compte-rendu de la première édition des Rendez-vous du NAD préparé par Audrey Poulin, étudiante de première année au Centre NAD.
C’est dans le cadre des rendez-vous du NAD que j’ai été projetée dans une conception du jeu vidéo que je n’avais encore jamais explorée. Croyant me trouver dans une simple rencontre où l’on m’expliquerait les ficelles du métier et les principes de conception d’un jeu, je fus particulièrement touchée et emballée. Étant une toute nouvelle étudiante du Centre NAD, j’observe, j’écoute et j’apprends. Mais lors de ce rendez-vous, Vander Caballero m’a fait prendre conscience que dans le jeu, il n’y a pas que la technique, le talent ou bien l’image elle-même: il y a aussi nous, créateurs et futurs créateurs.
Vander Caballero est co-fondateur et président de Minority et également le directeur créatif de Papo et Yo. Se présentant devant nous avec pour seules images ses propres dessins promptement dessinés à même sa tablette pour nous démontrer chacune de ses idées, il fut terriblement touchant de le voir se confier à nous en toute humilité.
Il nous a expliqué que peu importe notre métier dans le domaine, nous ne pouvons être indépendant de l’industrie. Mais que l’industrie présentement nous éloigne de ce à quoi nous devrions tendre dans l’élaboration d’un jeu vidéo. Malgré le succès de certains jeux, le travail des concepteurs, les réalisations visuelles de haut niveau, nous n’avons pas encore atteint les sommets. Le jeu en lui même n’est pas encore devenu une œuvre artistique indépendante. Afin d’y arriver, M. Caballero maintient qu’il nous faudra plus de storytelling, qu’il faut raconter, mais plus encore, SE raconter. Il faut prendre nos expériences personnelles et nos émotions et les transmettre au joueur. Il faut y faire transparaître la réalité et le vécu. Il explique que le jeu est une toute autre façon de ressentir et d’expérimenter, c’est une façon de s’évader et bien qu’il n’est pas facile de laisser un peu de soi dans une œuvre, « It needs to be done ».
Pour la réussite du jeu, au niveau narratif M. Caballero croit qu’il est important d’entretenir une simulation émotionnelle qui accroche le joueur. C’est ce qu’il appelle « the emotional journey ». Pour lui, le joueur veut ressentir. Sans pour autant s’inscrire dans le réel, il lui faut une métaphore. C’est pourquoi dans Papo et Yo son monstre n’a pas le visage d’un père, il est une immense bête dévorant des grenouilles. Le joueur n’a pas besoin d’image réelle pour comprendre la trame, ni même l’ampleur de l’histoire. La métaphore est suffisante afin que la catharsis opère et que le joueur ressente ce qu’il a voulu faire transparaître.
Au final, en tant que créateur, M. Caballero nous invite à ressentir nos créations, à nous en imprégner, ainsi qu’à s’investir dans notre travail afin d’y inclure une partie de nous-mêmes. Il faut donc être nous aussi des storytellers, puisque c’est l’avenir dans la création en jeu vidéo.
La seconde édition des Rendez-vous du NAD aura lieu demain le 19 octobre 2012. Nous recevrons Jason VandenBerghe, directeur créatif chez Ubisoft Montréal, qui viendra nous présenter en première montréalaise « The Five Domains of Play », une conférence qu’il a donnée dans le cadre de GDC au printemps dernier.